Système de production, supply chain & excellence opérationnelle

Acheteur : future fonction essentielle ?INCONTOURNABLE POUR LA RENTABILITE DE L’ENTREPRISE

Dans les années après-guerre (30 glorieuses), la place des achats est insignifiante. Le seul intérêt d’une entreprise est de produire plus, car tout est vendu.  La demande est supérieure à l’offre, il suffit de produire pour vendre. Le prix de vente est fixé par l’entreprise et le marché s’adapte à l’offre. Les achats dans ces conditions sont simples. La priorité est à la recherche de fournisseurs qui puissent  fabriquer et livrer. L’essentiel de l’approche fournisseurs se limite à la fonction « approvisionnement ».

Les mutations économiques modifient le rôle de l’acheteur

En économie de marché, la demande devient supérieure à l’offre. Les entreprises fabriquent et essaient de vendre plus que ce que ne peut absorber la demande. La priorité est d’écouler la fabrication en répondant aux besoins des clients. Lentreprise sadapte au prix de la concurrence et saligne sur les prix pratiqués, la fonction primordiale d’une entreprise, c’est la vente et le marketing.

On commence à raisonner coût d’achats et « payer le moins cher ». La place des achats n’est pas primordiale, elle permet juste de baisser les coûts de revient et d’améliorer les résultats économiques de l’entreprise.

Sur le graphique ci-dessus, datant de 1989, n’apparaît pas l’élaboration des prix dans le système économique présent depuis 15 ou 20 ans. En économie d’environnement aléatoire, force est de constater que crises, ruptures et mutations deviennent le lot quotidien des managers confrontés à la difficulté de connaître, d’analyser et de comprendre.

Les achats de demain seront responsabilisés par les enjeux de réduction des coûts, donc la recherche de compétitivité mais d’autres règles contradictoire viennent bouleverser cet équilibre. L’entreprise devra se recentrer sur son cœur de métier et adapter sa stratégie aux raisons politiques et environnementales.

L’achat, un métier de plus en plus complexe

Les règles d’achats seront différentes : la prise en compte des cultures, le raisonnement en coûts complets (coût de transport, frais de douane, frais de traduction, frais de déplacement, contrôle à la source auprès des fournisseurs et de leurs sous-traitants…). La qualification du sourcing (spécificités techniques, savoir-faire, temps de réactivité) et le suivi de fournisseurs lointains (conformité des commandes, délais plus longs et traitement plus compliqués de litiges) tendent à augmenter les coûts globaux des achats.

De nouvelles contraintes législatives vont amener à responsabiliser l’acheteur vis-à-vis de ses fournisseurs. La question peut être posée : l’acheteur sera-t-il responsable de ses fournisseurs ou deviendra-t-il de facto coupable du non-respect des règles et lois par ses fournisseurs ? Les dispositifs légaux se sont multipliés ces dernières années. La loi de Nouvelle Régulation Economique (NRE) qui oblige toute entreprise cotée en bourse à rendre une rapport annuel sur sa RSE, les investissements Socialement Responsables, les normes HQE (Haute Qualité Environnementale), la directive ROHS (2006 Réglementation sur les matières dangereuses), la WEEE / D3E (Déchets Electroniques et Electriques) ou éco-taxe, le renforcement de la sécurité au travail, le développement des codes de conduites et/ou chartes achats, l’approche de l’éco-conception, les nouveaux indices boursiers de développement durable sont autant de paramètre que l’acheteurs doit maitriser.

Les acheteurs de demain devront s’adapter à ces nouvelles réglementations et seront tenus responsables de leurs fournisseurs.

« Les démarches Responsabilité Sociales de lEntreprise, c'est-à-dire de responsabilité sociale et environnementale, sont encore naissantes. Elles se limitent souvent à faire signer aux fournisseurs un contrat avec une clause spécifique en alibi. Mais dici 15 ans, toute entreprise sera tenue responsable de ses fournisseurs, conformes ou non aux attentes sociales et environnementales. Les achats seront au premier rang. » Bruel Olivier, 2007, La lettre des achats #150 

2022, c’est demain ! Le temps de former les premières promotions du MS® Achats de l’UTT.

L’acheteur doit être un professionnel agile

Parce que son rôle est primordial dans la pérennité de l’entreprise industrielle, l’acheteur devra se remettre en question systématiquement et s’adapter au cadre mondial. Les nouveaux outils des achats seront les codes de déontologie, les clauses contractuelles, les questionnaires  et les audits permettant de vérifier que les fournisseurs respectent les nouvelles démarches de responsabilités sociales.

La question peut être posée : Le dirigeant d’entreprise est-il préparé à la complexité et à la transformation de l’entreprise requérant de nouveaux savoir-faire ? L’acheteur a-t-il les capacités de se spécialiser dans ces nouvelles approches, et peut-il aider le dirigeant de sa société voire évoluer vers cette fonction. La réponse est OUI !

Encore faut-il qu’on lui donne la capacité d’aider à définir de la stratégie de l’entreprise et le pouvoir d’animation nécessaire pour instruire le changement. Dans cette conception de l’entreprise et de son environnement, où la stratégie est liée au changement et la valeur du produit final dépend autant de ce qu’il propose que de ce qui le compose, nous pouvons comprendre la future place de la fonction « achats », véritable technique de pointe qui se conjugue par le savoir-faire, le savoir-être et la maîtrise des techniques

par Alain Lairé

 Alain Lairé est co-responsable du Mastère Spécialisé® "Ingénieur Achats en Milieu Industriel"